Univers étrange et fascinant, où il est facile de se perdre, et possible parfois de se trouver…
Univers riche en trésors, pour qui sait les découvrir…

Univers qui mériterait un autre nom que ces quatre pauvres majuscules, que je vais néanmoins utiliser par commodité !

Avant de poursuivre, qu’il me soit permis d’évacuer une bonne fois pour toute le problème des pseudo-Maître(sse)s et pseudo-Soumis(e)s, qui ne méritent au nom de ces titres autoproclamés aucun respect. Les premiers se servent sans vergogne du BDSM comme d’un alibi pour exercer de la pire des façons une autorité et un pouvoir auxquels ils sont, fondamentalement, inaptes. Les seconds en font un paravent pour l’immaturité de leurs fantasmes, et/ou se croient obligé(e)s de justifier ainsi les jeux qui leur servent à pimenter leur vie amoureuse et sexuelle. Dans tous les cas, l’absurdité des rituels et des règles préétablis leur est d’un grand secours, ils sont ainsi dispensés d’exercer un respect de l’autre et de soi-même, une recherche de la vérité, une réflexion et une imagination dont ils sont bien incapables. Le plus regrettable, ce qui suscite ma colère, c’est qu’en affichant leurs minables pratiques, en multipliant les blogs consternants, en publiant des livres risibles, ils donnent de cet univers une image fausse, dénaturée, et ils en occultent les vraies richesses.

Mon but n’étant pas ici d’alimenter plus que nécessaire cette polémique, je me limiterai dans ce qui suit à tenter une présentation de ma vision d’une relation dite BDSM, dans le seul cas de figure que je connais, entre un homme et une femme. Pour éviter autant le ridicule que l’amalgame avec les dérives précitées, je n’utilise pas dans ce cadre le titre de Maître, de même que je ne qualifierais pas de Soumise la femme qui me tendrait sa main pour que je l’aide à percer les secrets de cet univers, c’est-à-dire de son univers. Je pense qu’il n’est pas utile d’insister sur le fait qu’il s’agit d’une vision éminemment personnelle. On peut ne pas la partager, en partie ou en totalité.

Bound 03
[Bound 03] © Ran Peled (modèle : Ifat)

Cet univers est avant tout le lieu d’un voyage intérieur, d’une aventure à vivre à deux. C’est un voyage unique, parce qu’il est absolument intime. Je ne crois pas un seul instant à la possibilité, pour une personne donnée, de vivre simultanément plusieurs aventures de ce type. Ce voyage est intérieur, parce qu’il visite les rêves et les désirs les plus cachés, les plus sombres parfois, de la personne qui s’abandonne. Plus ou moins fortement, la raison et la volonté résistent à leur mise en lumière, une autre raison et une autre volonté doivent alors s’imposer. L’essence de « mon BDSM à moi » n’est pas autre chose que le consentement, conscient et sans faille, de celle qui veut cheminer en ma compagnie dans la brume et la nuit de ses désirs secrets. Cela suppose évidemment une confiance réciproque totale. Cela suppose aussi l’acceptation de prendre du plaisir dans des actes que beaucoup réprouvent.

Cette confiance absolue est d’autant plus nécessaire que (contrairement à une opinion et une pratique hélas fort répandues…) il ne peut y avoir en aucun cas de règles édictées à l’avance, ni de catalogue de choses autorisées ou interdites, ni de limites fixées a priori, parce que la forme et les frontières des désirs et des plaisirs qui vont jaillir ne sont pas connues. Les tabous, les conditions préalables, les limites a priori, tout cela rétrécit l’horizon et ne peut que conduire à l’échec. Les limites concrètes se dessinent d’elles-mêmes, et on les découvre le moment venu. Élargir l’horizon, s’élever, telle est la quête qu’on se donne quand on choisit de pénétrer dans cet univers.

Le reste est seulement affaire de pratiques et de modalités, sur lesquelles il est inutile de s’étendre, le cocktail idéal étant spécifique à chaque relation. Tout est possible, attitude obligée, humiliation, liens, contrainte sexuelle, torture physique. Ce qui ne veut pas dire que tout sera mis en œuvre, mais il faut accepter la possibilité du plaisir et de l’élévation par tous les moyens. L’accepter, la désirer, l’assumer. Et lui donner le nom qu’on veut…

2 réponses à “BDSM”
  1. Voici qui rend, autant que faire se peut, ses lettres de noblesse à cet art d’aimer, ce jeu pour “grandes personnes” et cette quête de soi qu’est avant tout le “bdsm”. Il est regrettable en effet, comme tu le soulignes ici, que tant de gens petits et inaccomplis se prévalent de titres honorifiques qu’ils ne font que dégrader par leurs comportements inhumains et ridicules.

    Loin des titres gonflés à l’hélium, des egos frustrés en quête de pouvoir, ou des pauvres âmes égarées prêtes à tout pour être aimées…il ya cette terre lointaine, objet de nos désirs les plus profonds, où nous ne pourrons accoster vraiment, corps et âme, que dans la confiance mutuelle, le respect de soi et de l’autre, et la sincérité la plus pure.

  2. Oui, Volcane, les “Maîtres-mots” sont bien la confiance, le respect, et la sincérité…
    Appliqués à l’autre et à soi…

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