< class="pagetitle">Archives pour la catégorie “Antiquités”

the flood
[the flood] © Scott James Prebble

Avons-nous dormi ? Avons-nous rêvé ?
Le temps où le Rituel a été suspendu
se compte-t-il en secondes ou en siècles ?
Comme il est étrange que ce soit
très précisément à l’instant où
j’ai eu la sensation illusoire de
me libérer de l’emprise des brumes
que tout a basculé dans le Néant.
Un Néant fort heureusement provisoire,
puisque me voici à nouveau conscient,
en ce lieu qu’ailleurs on appelait,
ou appelle, ou appellera Cathédrale;
en ce lieu multiplement habité,
par les statues blafardes,
par les brumes omniscientes
nées du cœur vivant des Marais,
par les pouvoirs de la Grande Prêtresse,
par cet autel noir et glacé surtout,
cet autel où vous êtes exposée nue,
ouverte, absolument indécente.
Quand l’indécence est absolue,
est-elle encore indécence ?

Je reprends peu à peu mes esprits.
J’ai le souvenir d’une pluie battante,
mais maintenant il neige lentement.
Et l’atmosphère est plus glaciale
que jamais. La pensée que le froid
vous est certainement une torture
effleure ma conscience, mais
je ne m’y arrête pas; la compassion
n’a pas sa place ici et maintenant.

“On” (la Grande Prêtresse ?
les brumes ? les statues ?
je ne saurais le dire…)
m’entrouvre les portes de votre
esprit, sans doute pour que
je sois envahi par l’immensité
de votre Blasphème : vous avez osé
penser ? croire ? désirer ? rêver ?
que le Rituel pourrait s’accomplir
sans la Grande Prêtresse !
Et je n’ose répéter ici
à quoi d’autre vous avez osé
penser ? croire ? désirer ? rêver ?
Difficile pourtant d’échapper
à la conviction que vous allez
me permettre de faire entrer
le Rituel dans une nouvelle ère…
Impossible pourtant d’échapper
à la certitude que d’une façon
ou d’une autre, et probablement
de bien des façons différentes,
vous serez mienne…

Votre Blasphème est-il la cause
de la suspension du Rituel ?
Répondre à cette question
n’est pas en mon pouvoir.
Je peux seulement décider
de ne pas le retenir contre vous.
À moins, que plus tard,
vous ne revendiquiez
la volonté d’en subir
toutes les conséquences…

Le Rituel doit maintenant
reprendre son cours. “On” peut
maintenant me refermer les portes
du secret de vos pensées.
La prochaine fois, c’est vous-même
qui me les ouvrirez…
Je m’approche lentement de l’autel,
je contemple longuement le ballet
des flocons qui dansent avant
de mourir sur votre corps pâle.
Du bout du doigt, pour la toute
première fois, je vous touche,
j’effleure votre peau blême…
Vous êtes glacée et cela me plaît.
Mon doigt glisse entre vos seins,
virevolte jusqu’au nombril,
s’approche de……

J’entends des pas…

[à suivre, peut-être, ou peut-être pas...]

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the bath
[the bath] © iXéo

On dirait que le Rituel arrête le temps. C’est heureux, parce que si le temps n’était pas suspendu, si le temps s’écoulait normalement, la Grande Prêtresse serait en retard. Mais ici, au cœur du Rituel, le temps est suspendu, le temps ne s’écoule pas normalement, et la Grande Prêtresse n’est pas en retard, la Grande Prêtresse se fait seulement attendre, elle fait désirer son indispensable présence…

Les brumes des Marais qui ont envahi mon cerveau s’épaississent et tourbillonnent. Cette danse impalpable oriente le cours de ma méditation et de ma contemplation. Les archives et le Statisticien du Rituel sont d’accord : vous êtes la mille soixante sixième victime connue du Rituel; vous serez la cinq cent quatre vingt quatorzième à y survivre, puisque j’ai décidé que vous survivrez; il y a aussi cette troisième statistique qui m’a troublé et à laquelle je ne veux pas penser. Pas pour le moment…

Les brumes des Marais ont installé un nouveau décor peuplé de fleurs rouge sang et de statues blêmes, torturées. Les brumes sont folie, mais les brumes sont sages aussi : cette illusion est l’écrin parfait pour votre corps pâle, étendu sur cet autel froid comme la Mort, pour vos seins lourds frappés par la pluie, pour vos jambes qui pendent de part et d’autre du bloc de pierre noire, pour votre sexe ainsi exposé. Vous êtes indécente à l’extrême, et je comprends que cette indécence est la deuxième des Conditions obscures dont parlent les livres. La première Condition étant, bien entendu, votre consentement sans faille…

Je soupçonne que la Grande Prêtresse n’est pas étrangère au déluge de pluie battante qui fouette littéralement votre corps. Je la connais bien, mais l’étendue de ses pouvoirs me reste inconnue, ce qui rend très relative sa soumission de principe à mon pouvoir. Elle prolonge l’attente, et moi je prolonge ma contemplation de votre indécence. Sa connaissance du Rituel serait-elle plus intime que la mienne ? Elle semble n’avoir que trente ans, mais pourrait aussi bien en avoir trois cents, ou trois mille… L’attente serait-elle la troisième Condition ?

Influencées ou non par les brumes, mes pensées et ma volonté commencent à se focaliser intensément sur votre corps. Je me demande si vous ressentez particulièrement, différemment celles des larges gouttes d’eau glacée qui frappent précisément votre sexe, celles qui s’abattent et ruissellent sur vos seins, celles qui……… J’entends des pas. En même temps, je sens l’emprise des brumes des Marais sur mon esprit se relâcher et j’ai la très nette et étrange sensation de reprendre le contrôle…

[à suivre...]

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waiting
[waiting] © iXéo

En d’autres lieux, cet édifice serait appelé cathédrale. Dans ce monde, il est le siège de mon pouvoir, symbole du Rang et de la Charge, il est aussi l’écrin du Rituel, raison pour laquelle je l’ai bâti au cœur des Marais, et voulu sombre, froid et humide. Presque tous mes prédécesseurs ont œuvré pour acquérir le Rang et la Charge dans le seul but de pouvoir enfin accomplir le Rituel, pour la seule satisfaction de leurs plus bas instincts, sous couvert de la plus haute respectabilité. Le Rituel, au fil du temps et des compromissions, s’est ainsi trouvé à la fois dévoyé et édulcoré.

Moi-même, je n’ai pas été épargné par la tentation de céder à cette tradition honteuse : hier encore, je rêvais de la brune adolescente aux seins menus mais insolents que j’avais prévu de convoquer. Mais, au tout dernier moment, je me suis repris, et c’est votre nom que j’ai prononcé. Avec vous, le Rituel va retrouver son sens, quel qu’il soit, quel qu’il ait pu être. Elle, je n’aurais pu que l’étendre sur l’autel, lui voler ses quatorze ans, et probablement la tuer, puisque la règle du Rituel ne s’y oppose pas. Vous, je veillerai à vous extorquer implorations et supplications, mais vous ressortirez d’ici bien vivante, et sublimée aux yeux de ceux qui savent que le Rituel est un hymne.

Je vous regarde remonter lentement la longue nef de pierre noire pour venir à moi, nue. Je vous regarde avancer, nue, entre les piliers de nuit avec lesquels contraste la pâleur presque phosphorescente de votre peau, tout comme contrastent les courbes de votre corps avec la rigueur géométrique du lieu. Sans contraste, pas de poésie. Sans contraste, pas de force. Vous êtes à présent suffisamment près pour que nos regards puissent se croiser. Nos regards qui se disent l’un à l’autre que vous et moi savons que nous ne savons pas. Nous ne savons pas la véritable raison d’être du Rituel, perdue dans la nuit des temps. Pourtant, il faut bien que cette raison ait existé, dans un passé (ou un futur ?) indéfini, et qu’elle ait été puissante, pour que le Rituel garde intacte sa vigueur, et que vous, surtout vous, acceptiez de vous y livrer. Vous et moi, donc, ne savons pas, et nous le savons. Cette ignorance est vertu : le Rituel devient fin en soi, vous épargnant le déshonneur et m’épargnant l’ignominie.

Vous êtes arrivée devant l’autel, nue, faut-il le répéter ? (oui, il le faut) Vous savez que vous devez vous y étendre, nue (faut-il le répéter ?), jambes pendantes de part et d’autre du bloc de pierre glaciale. La suite est mienne : je sens les brumes des Marais monter et envahir mon cerveau. Le Rituel peut commencer…

[à suivre...]

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grey is a light
[grey is a light] © Chantal alias ImperfectAngel88

J’avais oublié
Combien des yeux peuvent être gris
Gris comme le ciel
Gris comme la mer
J’avais oublié
Qu’une femme peut tenir des promesses
Qu’elle n’a jamais faites
Et peut-être jamais ne fera
J’avais oublié
Qu’on peut découvrir les Amériques
Dans un lit défait
Par un matin au bord de la pluie
J’avais oublié
Qu’une baignoire suffit pour une tempête
Le goût gris que peut avoir un baiser
Le gris est une lumière…

[pour Fabienne, Douarnenez, Pâques 2006]

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Jeudi 30 Mars 2006, Paris.

J’ai rencontré F la semaine dernière chez M. Le lendemain, je reçois un e-mail où elle me propose sans détour sa compagnie dans des termes plutôt explicites. D’abord choqué par cette invitation quelque peu directe, parce que F ne peut pas ignorer la liaison que j’entretiens avec M, après que celle-ci m’ait affirmé que cela ne lui posait aucun problème, j’accepte finalement le principe d’une rencontre en terrain neutre. Rendez-vous est pris pour hier mercredi à 17 heures, dans une brasserie du XVI° arrondissement.

J’arrive place de Mexico avec 5 minutes d’avance. F est déjà là, installée au bar, bien en vue… T-shirt noir, jean moulant, tennis. Sur le moment, je me demande si je dois ou non me féliciter qu’elle n’ait pas choisi une table tranquille au fond de la brasserie. Bonjour, bisou rapide sur la joue. J’apprécie qu’elle ne précipite pas les choses par une attitude trop démonstrative, même si le t-shirt est généreusement décolleté, et si l’absence de soutien-gorge est évidente. Mes propres intentions restent obscures, même (surtout ?) pour moi.

Pendant un assez long moment, nous échangeons d’incroyables banalités (la météo, le CPE…) jusqu’à ce qu’un interminable silence s’installe. Serait-elle plus timide que ses messages ne le laissaient présager ? Il faut dire que la présence constante du barman n’autorise pas tous les sujets de conversation. Même silencieuse, elle ne me quitte pas des yeux, et je me noie volontiers dans son regard clair.

Elle propose finalement de s’installer à une table. La conversation y prend une tournure un peu plus intime, nous parlons de nous, de mon métier, de ses études, de nos goûts, un peu de M aussi. Les affinités se révèlent. Je découvre avec surprise, intérêt et plaisir qu’elle pratique la programmation à titre de loisir. Elle aime la musique gothique et l’opéra. Elle est fan du poète portugais Fernando Pessoa. J’apprécie de plus en plus la compagnie et la conversation de cette fille, mais je suis un peu déconcerté par le décalage persistant entre son attitude plutôt sage et le contenu assez cru des ses messages.

Le temps passe, nous continuons à faire connaissance, sans que le sexe soit évoqué, ne serait-ce que par allusion. Elle déclare seulement préférer les hommes plus âgés qu’elle, plutôt intellectuels, et qu’elle aime la barbe. Ces critères objectifs me font mieux comprendre pourquoi une fille comme elle s’intéresse à moi, et je suis déjà sous le charme. 19 heures. Elle a faim. Nous décidons de dîner sur place. Une petite heure plus tard, le repas terminé :
- On va chez moi ?
- Oui.
Quelques minutes de marche nous conduisent dans une voie privée entre la rue de la Pompe et l’avenue Victor Hugo. Elle m’explique que ses parents sont les propriétaires de deux appartements, ils occupent celui du 2° étage, elle celui du 3° étage : plus de 200 m² pour elle toute seule. Une vraie forteresse dont la petite clé sert seulement à ouvrir un boîtier électronique où taper un code déverrouille la porte.

Nous entrons. Elle referme la porte, et se met immédiatement pieds nus. J’apprécie. Je le lui dis. Elle sourit. Elle me fait rapidement visiter. C’est un peu surréaliste, presque toutes les pièces sont entièrement vides, nues, avec cette résonance particulière aux espaces sans meubles, à l’exception de sa chambre, de la salle de bains, de la cuisine, et du grand salon/bureau où nous nous installons. Le décor mélange des meubles de style et des gadgets un peu kitsch sortis tout droit d’une boutique Soho. Elle va chercher une bouteille de vodka, ôte son t-shirt avec un incroyable naturel, met de la musique gothique, très fort. L’heure n’est plus à la conversation…

Elle vient se blottir tout contre moi dans le canapé. Pendant une éternité nous buvons, nous nous embrassons, nous buvons encore, nous nous embrassons encore. Je caresse et masse ses seins. J’adhère pleinement à son rythme, à sa vibration, ils me conviennent, je les ressens, je les partage. Depuis quand ne me suis-je pas senti aussi bien ?

Elle s’éclipse un instant aux toilettes, en ressort nue. Désir réciproque évident, les mots restent inutiles. Avant d’aller dans la chambre, elle change la musique :
- Pour baiser, je préfère l’opéra.
Toujours aussi fort. De quoi me réconcilier avec ce bon vieux Verdi. Ce n’est que maintenant que je me pose la question des voisins !

«Baiser». Je n’aime pas ce mot, j’aurais préféré qu’elle dise : «faire l’amour». Mais c’est elle qui a raison, puisqu’il ne s’agit pas d’amour. La suite, bien sûr, n’a pas à être racontée ici. Je suis rentré assez tard avec des étoiles et toujours des nuages menaçants dans la tête. Je vais bien et je vais mal, en même temps…

Nous nous revoyons bientôt. Nous avons encore bien des choses à nous dire et quelques projets un peu fous, comme une soirée «strip-programmation» (?) (une idée de F) ou faire l’amour dans une des pièces vides (une idée à moi).

Une chose n’a pas été dite, et ne le sera sans doute jamais : «je t’aime». Et c’est très bien ainsi.

[aujourd'hui, j'écrirais certainement ce récit très différemment; d'autant plus que la suite a démenti la conclusion; si je le publie maintenant, c'est pour donner un peu de consistance à ce blog qui démarre, et aussi parce que F reviendra peut-être bien le hanter !]

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la petite maison pas trop loin de la mer
et avec un joli pommier dans le jardin
et peut-être aussi un âne près du pommier
bien sûr ce n’était qu’un rêve encore lointain
mais j’y croyais

chaque fois que la nuit était vraiment trop noire
et que les larmes menaçaient de déborder
il y avait toujours la lumière rassurante
à la fenêtre de la petite maison
moi j’y croyais

bien des fois je l’ai fait ce voyage intérieur
vers ce temps où je n’avais pas peur de vieillir
à l’ombre du joli pommier dans le jardin
l’âne paisible nous regardait nous sourire
et j’y croyais

la petite maison pas trop loin de la mer
est toujours là mais désertée abandonnée
bientôt une ruine et le jardin une friche
où le pauvre âne est seul et livré à lui-même
oh qu’il est triste

plus jamais la fenêtre ne s’allumera
et il a très peur de vieillir et de mourir
tout seul à l’ombre du pommier sans un sourire
l’échine courbée sous le poids d’un rêve mort
désespéré

mon amie la maison mon ami le pommier
mon ami l’âne j’ai perdu votre lumière
j’ai perdu votre chaleur je vous ai perdus
vous ne me guidez plus dans cette nuit sans fin
où êtes-vous ?

il n’y a plus la lumière

[écrit il y a longtemps, quelques jours après que la femme qui venait de partager 18 ans de ma vie m'ait annoncé que notre histoire était finie]

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