«C’est l’élégance simple qui nous charme.»
(Ovide, dans «Conseils aux femmes»)

Underwear
[Underwear] © MathildeL

La sensibilité à l’élégance est pour moi un guide, au même titre que l’éthique ou la déontologie. Un guide qui peut faire de moi un papillon virevoltant autour de la lumière qu’elle représente, autant qu’il peut me faire passer mon chemin avec indifférence si je la sens absente. Naviguer d’une élégance à l’autre, revenir vers l’une, repartir à nouveau, une ligne de vie ? Pourquoi pas ? Je crois qu’il en existe de pire… Homme aimant les femmes par-dessus tout, je conjugue l’élégance exclusivement au féminin. C’est réducteur ? Certainement, mais je l’assume. C’est donc sur l’élégance des femmes, perçue par l’homme que je suis, que j’écris ici. Homme d’image aussi, j’avoue être sensible aux apparences. C’est superficiel ? Sans doute, mais je l’assume tout autant.

Et pourtant, à mes yeux, l’élégance vraie n’est pas vestimentaire. Je dirais même qu’elle est tout, sauf vestimentaire. Je ne suis guère plus attentif à la tenue d’une femme qu’à la mienne, ce qui n’est pas peu dire ! Les «fashion victims» affichées sont le plus souvent aux antipodes de ce que j’appelle l’élégance. L’extravagance est aussi, presque toujours, l’antithèse de l’élégance. Celle-ci est… ailleurs. Elle est parfois tout entière dans un détail, concentrée dans celui-ci; parfois elle est une aura, irradiant sans origine identifiable. Elle est parfois facile à définir, donc possible à reproduire, voire à provoquer; parfois impalpable, inexplicable, éphémère et fugitive. Elle s’adresse parfois à un seul sens; parfois à tous en même temps.

Naturelle ou recherchée, l’élégance est… verticale ! Celle qui est élégante aux yeux de l’autre s’élève, de même qu’elle élève celle ou celui qui la ressent élégante. Bien sûr, la séduction découle souvent de l’élégance, mais elle n’en est pas toujours la motivation. L’élégance ne connaît ni la morale, ni les tabous, ni la pudeur, ni la décence. Elle peut tout autant s’y conformer que les ignorer superbement, par choix, ou par hasard. La plus extrême indécence peut être sublime élégance. L’élégance, un peu comme un parfum, se glisse partout. Elle peut se loger dans le regard, dans l’écriture, dans la façon de se dénuder, dans celle de se retourner, dans n’importe quelle habitude apparemment banale; la liste des possibles est évidemment infinie !

L’élégance est aussi dans le mouvement. Son essence même est mouvement. Celui de la perte d’équilibre, l’élégance est alors désordre et fragilité; celui du retour à la stabilité, l’élégance est alors force et sérénité; celui de l’élan spontané vers l’inconnue, l’élégance est alors aventure et promesse de possibles frissons. L’élégance est dans l’ouverture, dans le chemin vers l’autre, jamais dans le repli sur soi. Encore moins dans l’indifférence.

L’élégance n’est pas si rare, mais elle n’existe que par le regard de celle ou celui qui la perçoit comme telle. En toute subjectivité !

L’élégance est souvent inattendue, parfois surprenante. C’est heureux. Mais chaque amoureux de l’élégance a aussi, dans sa quête de celle-ci, quelques préférences personnelles, quelques «constantes», pour ne pas dire quelques obsessions ! Elles sont quelquefois interprétées, à tort, comme une sorte de fétichisme. A tort, parce que le fétichisme s’inscrit dans un contexte mystique ou sexuel, quand la recherche de l’élégance est «seulement» la poursuite de l’harmonie. Naturellement, il serait néanmoins naïf de croire que cette cloison est étanche, et que les glissements ne sont pas fréquents…

«L’élégance est toujours noire.»
(Françoise Giroud, dans «Mon très cher amour»)

just in time
[just in time] © Markus Weiler (modèle : Anna K.)

Qu’il me soit donc permis, après toute cette théorie, d’évoquer quelques uns de mes critères d’élégance. Libre à vous d’y voir au contraire l’expression de la perversité ou du fétichisme. Ce ne sont, pourtant, que des préférences générales sans arrière-pensée, qui dans mon esprit ne s’appliquent pas à la seule sphère intime et sexuelle, et que je revendique comme telles. Faut-il ajouter que, bien sûr, il s’agit de préférences très personnelles, forgées par des émotions et des expériences, que chacun(e) d’entre vous peut aussi bien partager que rejeter ?

Conséquence, sans doute, de ce que j’appelle verticalité, je trouve qu’une femme est toujours plus élégante debout. Plus que quand elle est assise ou couchée, le regard est alors invité à s’élever jusqu’à croiser le sien. Et c’est alors que l’étincelle de l’harmonie peut se produire !

Autre critère, dont je suis bien conscient qu’il flirte plus étroitement avec le fétichisme : une femme est toujours plus élégante pieds nus; j’ai même été tenté d’écrire : une femme ne peut être élégante que pieds nus ! Très peu de choses me donnent une sensation d’harmonie aussi nette que la présence ou la compagnie d’une femme évoluant pieds nus, que ce soit dans l’intimité de son domicile, au restaurant, ou dans les rayons du supermarché !

Et enfin, une évidence qui vous fera sûrement sourire, et me considérer comme un lamentable voyeur : une femme est toujours plus élégante nue qu’habillée, toute nue (j’aime cette expression), idéalement sans bijoux, sans accessoires, même décoiffée; j’aime surtout voir une femme nue bouger, marcher, venir ainsi à moi ou s’en aller ainsi. Même sans intention sexuelle, en tous cas en dehors d’elle. Juste pour la perfection de l’instant. Une de mes principales frustrations de photographe, quand je travaille avec un modèle féminin, réside d’ailleurs dans la difficulté de capter une femme nue en mouvement : en intérieur, l’espace manque toujours; en extérieur, les contraintes sont tellement nombreuses qu’il est bien difficile de les surmonter toutes à la fois pour une séance, et peu de modèles y sont prêtes et préparées. Les grands espaces américains ou australiens ont du bon…

«Une femme élégante ne porte pas de bijoux.»
(Jacques Chardonne, dans «Ce que je voulais vous dire aujourd’hui»)

Et l’élégance, plus d’une fois, s’invite alors que ses critères sont bafoués. Ainsi soit-il !

red necklace II
[red necklace II] © bennino photo (modèle : wcaitlin)

2 réponses à “l’élégance”
  1. Qu’ajouter, à part que l’élégance est innée et ne peut s’apprendre, elle s’apparente pour moi à la grâce - ce qui survient “en plus” du reste, en plus de la beauté, du charme, de la séduction, etc…L’élégance ne se perd jamais : celle qui en est dotée peut bien porter un jean et des tennis, ou bien une robe-fourreau et des talons aigilles, c’est “elle”, on la reconnaît entre toutes et les regards ne peuvent que s’accrocher à elle, même fatiguée, même pas bien habillée, même plus âgée…La femme élagante attire forcément les regards parce qu’elle les captive, lumineuse et naturelle tel un astre.

  2. L’élégance existe par le regard d’autrui..

    J’aime beaucoup la manière dont tu décris l’élégance.. Hier, lorsque je l’ai lu, je suis restée “sans voix”. J’y étais imprégnée…

Répondre