« Le beau est surtout dans ce qui relève de la vue, mais il est aussi dans les sonorités lorsqu’elles sont des compositions de mots et, d’une façon générale, il est dans tout ce qui a trait aux Muses. »

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[orla is naked] © Shkoda Maria

Ainsi commence le traité 1 de Plotin, intitulé « Sur le beau ». Si le premier traité de ce philosophe cher à mon amie et correspondante Volcane porte ce titre, « il ne s’agit pas pour autant d’un traité d’esthétique au sens contemporain du terme, mais plutôt d’une introduction générale à la philosophie platonicienne (…), et à l’attitude psychologique que celle-ci implique… » (Jérôme Laurent). Ce traité relie d’entrée de jeu la question de la beauté, celle du plaisir, et celle de l’âme. « Ce que l’âme éprouve de positif par l’intermédiaire du plaisir peut nous servir de guide pour comprendre la joie propre à l’expérience esthétique » (Jérôme Laurent toujours).

Mais la beauté, pour être ressentie, pour donner lieu à une expérience esthétique joyeuse, doit exister en puissance dans l’être ou dans la chose contemplée. Elle est consécutive à un acte de création, voire de procréation. Une œuvre d’art, une photographie par exemple - pour me limiter à un domaine que je connais un peu, peut être belle pour une personne et pas pour une autre. Je ne reviens pas sur la subjectivité évidente de l’émotion esthétique, expérience individuelle par excellence. Mais je vais plus loin en pensant qu’il y a des œuvres d’art (méritent-elles alors ce titre, c’est une autre question, qui relève de la nature de l’art) qui ne sont pas belles en soi, c’est-à-dire que personne ne trouvera belles, sauf à l’affirmer par complaisance.

Moist
[Moist] © Scott James Prebble

Quels sont alors les silex qui donnent naissance à l’étincelle de la beauté possible ? Je crois profondément que ces silex sont le désir et la volonté. Ma croyance, car c’en est une, est que toute création qui résulte de la puissance du désir et de la force de la volonté recèle une part de beauté, que quelqu’un finira bien par découvrir. C’est ce qu’Oscar Wilde appelle (c’est dans « l’Âme humaine » me semble-t-il) une œuvre d’art «saine», c’est-à-dire née seulement du désir, du plaisir, et de la volonté de l’artiste, par opposition à l’œuvre «malsaine», créée pour la satisfaction d’autrui ou, pire, par intérêt.

L’élégance (dont j’ai déjà parlé, ici, et pour laquelle chaque individu a ses critères, plus ou moins conscients) est en quelque sorte la révélation sensible, pour cet individu, de la beauté essentielle d’un être ou d’une chose.

2 réponses à “la beauté”
  1. Bonsoir iXéo,

    Il semble évident que la beauté est relative à des critères subjectifs donc personnels.
    Donc une personne-appelons la Nathalie peut sembler belle pour Pierre et disons ordinaire pour Paul
    La beauté d’une personne peut ou devrait donc être « sublimée » par l’acte photographique ce qui « forcerait » peut être une sorte de reconnaissance ?
    Ainsi Paul devrait trouver belle la photographie de Nathalie signée Pierre.

    Il y a des œuvres d’art qui sont belles en soi , c’est-à-dire que personne ne trouveras moches, sauf à l’affirmer par amertume ?

  2. Si je m’étais attendue à retrouver Jérôme Laurent ici !…sourire…La dernière fois c’était dans un amphi…Je me contenterais d’ajouter ces mots de Plotin qui expriment comment tout un chacun peut avoir accès au beau - j’aime cette idée d’égalité devant le beau, il suffit de savoir trouver le chemin…Et pardon pour la citation qui sera un peu longue.

    ” Comment verra-t-on cette beauté (…) ? Que celui qui le peut aille donc et la suive jusque dans son intimité ; qu’il abandonne la vision des yeux et ne se retourne pas vers l’éclat de scorps qu’il admirait avant. Car si on voit les beautés corporelles, il ne faut pas courir à elles, mais savoir qu’elles sont des images, des traces et des ombres ; et il faut s’enfuir vers cette beauté dont elles sont les images.(…) Mais qu’est cette fuite ? (…)Que sont donc ce voyage et cette fuite ? Ce n’est pas avec nos pieds qu’il faut l’accomplir ; car nos pas nous portent toujours d’une terre à une autre ; il ne faut pas non plus préparer un attelage ni quelque navire, mais il faut cesser de regarder et, fermant les yeux, échanger cette manière de voir pour une autre, et réveiller cette faculté que tout le monde possède, mais dont peu font usage.” (I, 6, 8)

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