Rappel des épisodes précédents, à lire dans cet ordre :
L. [épisode 1]
L. [épisode 2 & 3]
L’invitation, par Volcane, sur son blog
L’invitation [suite]

Pour une lecture plus facile, l’histoire de L. est regroupée dans la catégorie L’invitation

ambiance musicale :

Nemo (Nightwish)

Après avoir traversé le parc, où j’ai permis à L. de marcher dans l’herbe plutôt que dans les allées, plus douloureuses pour ses pieds nus, nous parcourons côte à côte et en silence le trottoir de la rue B. J’en profite pour réfléchir à une question que je me pose depuis un moment : dois-je continuer à vouvoyer L. ? La question est, à mes yeux, plus importante qu’il n’y paraît. Et la réponse n’est pas évidente. Je dois trouver envers L. un subtil équilibre entre un nécessaire degré d’humiliation et de non moins nécessaires marques de respect, un équilibre où le moindre détail compte. Certes, L. ne sera jamais autorisée à me tutoyer, et j’ai la conviction que cela fait partie des choses qu’elle a d’ores et déjà bien comprises. Nous arrivons devant la boutique, et je n’ai pas encore apporté une réponse définitive à la question. Je la renvoie à plus tard. En attendant, je continuerai à vouvoyer L.

Nous entrons. L. frissonne, je ne sais pas si la fraîcheur de l’air du soir en est la cause, où si c’est le carillon aigrelet de la porte qui l’a troublée. Comme je l’espérais, la boutique est déserte, à l’exception de la vendeuse, à qui j’explique ce que « nous » souhaitons : un corset noir, qui soutienne les seins sans les cacher, qu’on puisse à volonté lacer sans exercer une contrainte trop sévère, ou au contraire extrêmement serré. La vendeuse a très bien compris que L. n’a pas son mot à dire, c’est donc à moi qu’elle présente les quelques modèles correspondant à mes critères. Un seul est complètement noir, et assez sobre à mon goût, le choix n’est donc pas difficile, mais un essayage s’impose. Je me charge de déboutonner et d’ôter le chemisier de L. et je laisse à la vendeuse le soin de l’aider à enfiler le corset, puis de le lacer assez serré, à ma demande. Pas besoin d’être un expert pour voir que ce corset va parfaitement à L. et c’est aussi l’avis de la vendeuse. Je décide néanmoins de compléter mon opinion…

- Je veux voir ce que ça donne sans votre jupe. Retirez-la !

L. m’adresse un petit geste d’impuissance, sans doute pour me rappeler qu’elle ne porte rien sous la jupe en question. Comme si je pouvais l’avoir oublié ! Je lui adresse en retour une invitation de la main à se plier à ma demande. Je la vois rougir, mais elle se défait de sa jupe sans autre protestation, puis elle se redresse pour attendre mon appréciation définitive. Je prends mon temps, lui fait faire un tour complet sur elle-même, puis je m’adresse à la vendeuse, qui semble au moins aussi gênée que L. :

- Qu’est-ce que vous en pensez ?
- C’est… très… joli, Monsieur…
- C’est aussi mon avis ! Nous le prenons.

Unlace yourself
[Unlace yourself] © GOnFriday

La vendeuse aide à nouveau L. à ôter le corset.
Je règle pendant que L. se rhabille, après s’être un instant trouvée nue, complètement nue, au beau milieu de la boutique. A ce moment, il me vient à l’esprit que L. aurait plus appris, sur elle-même et sur moi, si d’autres clients s’étaient présentés. Mais c’est moi qui avais espéré que la boutique serait déserte, et c’est mon vœu qui a été exaucé !

Nous ressortons, accompagnés par les remerciements et les salutations de la vendeuse. Un sentiment, pour ne pas dire une certitude, s’installe dans mon esprit : celui que tout cela est trop facile, bien trop facile, que L. s’installe trop facilement dans ce qui ressemble plus à un cocon, certes agrémenté de quelques indécences, qu’à l’enfer obscurément désiré par ses rêves secrets. Je ne dois décevoir L. en rien. Je ne dois pas décevoir ses rêves. Je ne dois pas décevoir sa peur…

Me reviennent à l’esprit les mots d’Oscar Wilde : « Ce qu’un homme possède vraiment est en lui. Ce qui est hors de lui ne saurait avoir la moindre importance. » Ce que L. possède vraiment, ce sont les sombres désirs qui l’habitent. Ceux qu’elle a déjà extériorisés ne sauraient avoir la moindre importance, ils ne sont plus sombres, elle ne les possède plus. Ce que L. désire, ce que L. veut, c’est explorer la part de nuit profonde qu’elle possède. Pas pour s’en déssaisir, mais pour en trouver les clés, qui lui donneront la liberté d’y entrer autant que d’en sortir. Elle est loin d’être la seule à désirer ce voyage. Mais elle est une des rares à accepter d’en payer le prix, aussi élevé soit-il. Non, vraiment, je ne dois pas décevoir sa peur…

à suivre…

Une réponse à “L’invitation [le corset]”
  1. “Ce que L. désire c’est explorer la part de nuit profonde qu’elle possède.”

    Je retiens cette phrase et je me contenterais de répondre : ” Pour explorer la nuit il ne faut pas craindre de voir nos peurs se transformer en choses délicieuses, mais pour cela il faut un bon éclaireur…”

    Je ne doute pas qu’L. l’ait trouvé ce jour-là.

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